Archéologie et toponymie des hameaux de Saint Amand Magnazeix


On pourrait penser que Saint Amand Magnazeix est un village né au XIIe ou XIIIe siècle.

 

Pourtant, les noms de ses hameaux racontent une histoire bien plus ancienne …


L’archéologie montre que ces terres étaient déjà occupées à l’époque gauloise puis gallo-romaine.

 

 

 

Chaque nom de hameau raconte une histoire : paysage, propriétaire, activité ou origine antique, découvrez les ci-dessous 

 

Bellevue

A 354 mètres d'altitude, ce lieu n’est pas répertorié sur la carte de Cassini datant de 1768.

Le nom du lieu signifie bien "endroit élevé d’où on a une belle vue" mais l’adjectif "belle" n’est pas à prendre au sens strict de l’esthétique et signifie plutôt "une vue dégagée sur les environs pour déceler l’approche d’un ennemi éventuel".

Ce toponyme est très répandu en France : 200 hameaux ou villages portent ce nom.


Bonneuil

En 1768 la carte de Cassini fait apparaître le village au nom de "Bonoeil" puis l’Abbé Leclerc dans sa monographie datée de 1872-1873 orthographie "Bonneil".

Le village se situe à 384mètres d’altitude à la Borne IGN implantée en 1961 sur le plateau de Peu Regard (versant ouest côté Bonneuil et à 361mètres au lieu-dit Peu de la Fille).

Il tire son nom de "Bonos" et de "Ialo" (toponyme gaulois des 4ème à 1er siècles av J.C. devenu "euil ou  eil"  en français et désignant un champ ou une "clairière défrichée dans une forêt". Ce mot « ialo » devint rapidement synonyme de"champ".
Bonneuil signifie "La clairière défrichée de Bonos", (sans doute du nom d’un homme Gaulois défricheur des lieux ou du notable ayant commandité les travaux).

 

Champeau

Champeau tire son nom de "champeau" : petit champ. Le village s’est certainement établi sur une région de petits champs.

 

 Châtenet 

362 mètres d'altitude au Peu de La Valade, Chatenet découle du terme bas-latin de "castaneum" (châtaigne) et du suffixe "etum".

Le toponyme rappelle l’existence d’une ancienne "castanetum", d’une châtaigneraie qui fut sans doute défrichée pour laisser la place à des champs et à un village.

Un château, attesté en 1768 par la carte de Cassini, existait autrefois en ce lieu.

 

Courroux

319 mètres d'altitude. Le village apparaît sur la carte de Cassini de 1768 sous de nom de Couroux alors que l’Abbé Leclerc en 1872-1873 le nomme Le Cauroux.


Feux 

Hameau situé à 355 mètres d'altitude. Le village apparaît sur la carte de Cassini de 1768 sous de nom de Foeux.

Un souterrain datant du Moyen-âge y fut découvert lors des opérations de remembrement. Ce souterrain, aujourd’hui comblé, de 8mètres de long s’ouvrant sur 2 petites salles débouchait sur une vaste salle de 6,50mètres de long terminée par un puits.

 

 La Bussière-Rapy 

A 331 mètres d'altitude, Bussière serait un dérivé direct de "buxaria" (bois ou forêt de buis) du latin "buxus" (buis) et du suffixe "aria" étendue, territoire.

Rapy vient de l’ancienne "rappiacum" ou "villa (maison) de rappa", riche propriétaire de l’époque gallo-romaine.

La Bussière Rapy aurait donc pour origine "la maison du riche Rappa construite sur ou à proximité d’un bois de buis", ce village, le "Domus de Buxiera-Raspit".

 

La Croisière

Ce lieu n’est pas répertorié sur la carte de Cassini datant de 1768 mais recèle pourtant une grotte/abri d’époque Moyen-âge, découverte vers 1947 et en partie effondrée, composée de 2 galeries de 1,20m de large, celle du nord longue de 6mètres.

Son nom provient de son environnement : au croisement de routes importantes.

 

 La Gorcille

Ce lieu n’est pas répertorié sur la carte de Cassini datant de 1768 mais recèle une grotte/abri qui a été découverte vers 1970.

Partiellement conservée d’époque du moyen-âge, elle est composée d’un couloir muni d’un dispositif de fermeture, d’une petite salle avec banquette et d’une salle surélevée.

Le village se situe à 342mètres d’altitude.

On désignait autrefois, surtout dans le sud-ouest, sous le générique de "gorce" tous les fourrés, buissons ou haies vives et le nom du village semble indiquer le type de végétation qui poussait à l’endroit ou il a été construit et pourrait également désigner les haies vives entourant les champs. Ce mot "gorce"dérive du mot gaulois "gortia" (haie d’épines).

 

La Lande

Dans la France rurale de Moyen Age, on nommait "lande" des forêts non entretenues et couvertes de broussailles et dans certaines régions le mot désignait aussi une terre pauvre et inculte ou croissaient ajoncs et bruyères. C’est sur de tels terrains défrichés que se serait construit le hameau.

 

La Valade 

A 352 mètres et 374 mètres d'altitude  pour le lieu du Peu du Ris appelé aussi Peurré, du latin "vallata" composé de "vallis" (vallée) et du suffixe diminutif "ata", Valade représente la forme occitane du mot "vallée".

Le nom fait référence à des maisons construites dans un petit vallon.

 

 Laschamps

La carte de Cassini de 1768 fait apparaître le hameau au nom de "La Chans" alors que l’abbé Leclerc en 1872-1873 cite "Les Champs", de l’article "las" caractéristique de la langue occitane et de "champs".

Le lieu tire son nom de son environnement : "au milieu des champs".

 

Lascoux

De l’article "las" caractéristique de la langue occitane et de "coux".

Certains voient dans ce dernier terme le mot ancien occitan "cou" ou "cout" qui désignait un mur ou une murette servant de clôture. D’autres le font dériver du latin "cos" ou "cotis"ce qui indiquerait que les premières maisons ont été édifiées sur un terrain rocheux ou caillouteux.

 

Le Cerveix (Le Serveis)

La carte de Cassini de 1768 fait apparaître le village au nom de Le Serveix.

Le village (372mètres d’altitude) est établi près du Peu du Chaussat noté à 386mètres d’altitude. Anciennement "cerviensem" de "cervii" et "ensem", le suffixe "ensem", quoique moins utilisé, voisine en toponymie avec le suffixe "acum" désignant les domaines agricoles de l’époque gallo-romaine.

Le village du Cerveix se serait donc développé à partir du domaine de Cervius un riche propriétaire de l’époque gallo-romaine.

 

 Le Chézeau

La carte de Cassini de 1768 fait apparaître le village au nom de Les Chézeaux. Le village côtoie le Peu du Chézeau à 377mètres d'altitude et le Peu de la Fortune, point culminant de la commune avec ses 389 mètres qui abrite le château d’eau.

Le toponyme dérive du mot latin "casa" qui désignait une maison ou une petite ferme. De "casa" a été tiré le mot "cazal" en provençal et "chazel" ou "chazau " ou encore "chazeau" en français. Le terme avait, entre temps, pris un sens un peu différent et s’appliquait au moyen âge à une métairie.

Dans ce secteur du Chézeau, au lieu dit "Les Bos", une prospection aérienne, réalisée en 1987 et formalisée par la Dracar, aurait fait apparaître un itinéraire ancien reliant probablement Châteauponsac à La Souterraine traversant une zone de labours et de bosquets, mais on ignore si cette voie antique ainsi repérée était Gallo-romaine ...

 

Le Goth 

Etabli à 316 mètres d'altitude. Le nom du lieu paraît simplement venir du latin "vadum"  soit "le gué" et doit son nom à un passage à gué qui permettait le passage aisé d’un cours d’eau.

 

Le Moulin du Temple

Le lieu doit son nom au fait qu’il aurait appartenu à la commanderie des chevaliers du Temple.

Le lieu se serait également nommé « moulin Rouge ». Les trois moulins du Temple, sur la Semme, ont tourné jusqu’en 1962.

 

Le Soulier

A 354 mètres d'altitude, une grotte/abri d’époque Moyen-âge, partiellement conservée, se composant de trois couloirs de 6mètres de long et de 1,30mètre de haut conduisant chacun à une salle voûtée dont une salle circulaire de 5mètres de diamètre fut découverte vers 1850.

Le village trouve son toponyme dans l’ancien mot occitan "solier" (plancher) lui même issu du latin "solarium"  "étage" puis par extension "terrain élevé et exposé au soleil".

Le terme de "solier" puis de "soulier" s’employait aussi autrefois dans la région pour désigner un bâtiment qui possédait un plancher (en plus du sol de terre battue) donc une maison à étage et il faut signaler qu’au moyen age, ce type de construction était très rare ce qui explique sa présence dans la toponymie mais il peut s’agir aussi d’un village établi sur un terrain bien exposé au soleil, (du latin solarium).

 

Les Combes

299 mètres et 287 mètres d'altitude au ruisseau sur la route de Courroux.

Au moyen âge, le mot "combe" désignait une vallée ne possédant pas de cours d’eau dans le sud-ouest de la France.

Il signifie encore aujourd’hui "pente d’une colline aboutissant à une vallée (souvent sèche)". Le terme dérive du celtique "komb" : vallée, vallon.

Lors des travaux de remembrement en 1984, une sépulture à incinération d’époque gallo romaine, révélée par la couleur noire de la terre cendreuse, y fut mise à jour. Seul vestige conservé : une aryballe (bouteille de bain de 8 cm de hauteur et 7cm de diamètre).

 

Les Cros

La carte de Cassini de 1768 fait apparaître le village au nom de Le Cros.

Le toponyme vient du gaulois "crosa" (creux, petit vallon) ou du latin "crosus"  (creux) Il indique que le hameau d’origine s’est construit dans une dépression de terrain ou en un endroit encaissé.

 

Les Fougères

En France, plus d’une centaine de villages et hameaux portent ce type de nom.

La carte de Cassini de 1768 fait apparaître le village au nom de Les Faugères.

Situé à 347mètres d’altitude, aux abords du Peu du Chaussat (386 mètres d'altitude), son nom dérive du latin classique "filix" ou "filicus" qui signifie "fougère". Le village s’est donc construit sur l’emplacement d’un bois défriché où abondaient les fougères.

 

Mazeirat 

349 mètres d'altitude. Ce toponyme est extrêmement répandu dans toute la France Mazeiras (ou Mazeirat ou Maziéras ).

Le toponyme est issu du mot latin "maceriae" (ruines).

Ce terme "maceriae" était utilisé au Moyen Age pour parler d’un village gaulois ou gallo romain dévasté dans lequel la population vint se réinstaller après les invasions barbares et normandes.Le nouveau village fut construit avec les pierres des anciennes maisons détruites.

 

Montanaud 

A 306 mètres d'altitude, Montanaud doit son nom à sa situation par rapport au relief l’environnant avec l’indication de hauteur "mont".

L’Abbé Leclerc cite Le Montaneau et précise que "un souterrain refuge datant de l’époque gauloise existe sous ce village. Les habitants du lieu en ont utilisée une partie pour faire une cave ".

 

Montchenon 

316 mètres et 276 mètres d'altitude au lieu-dit le Pont-Rouge.

Tiré du mot latin "mons" ou "montis"  qui signifie littéralement "montagne" ou simplement de simples hauteurs dans les régions aux reliefs moins accentués.

Le nom semble signifier "la colline du sieur Chenon".

 

Montcocu

A 340 mètres d'altitude, Montcocu vient de "mons" qui signifie "colline" et de la racine pré-latine "kuk" ou  "kok" qui signifie « tête, sommet ». Cette racine "kuk ou kok" est ensuite devenue en vieux français "coc ou cuc".

Le nom semble signifier "le village construit au sommet de la colline.

 

Peuthier (Peutier)

A 334 mètres d'altitude, le hameau doit son nom à sa situation par rapport au relief l’environnant avec l’indication de hauteur "peu" ou  "puy".

 

Puyferrat 

316 mètres et 295 mètres d'altitude au ruisseau sur la route de La Bussière-Rapy.

Un moulin et un étang, établis sur le ruisseau la Dauge, existaient autrefois en ce lieu comme en atteste la carte de Cassini de 1768. Tout aurait été détruit depuis la fin du 18ème siècle.

De la racine latine  "podium" le terme de "puy" est très répandu dans le sud de la France et désigne une colline de forme conique plus ou moins régulière, d’où "la colline du sieur Ferrat". Le patronyme de  "ferrat" vient du mot d’ancien français "ferrat" (seau) et renvoie à un ancêtre, soit porteur, soit marchand de seaux.

 

Varnat

La carte de Cassini de 1768 fait apparaître le village au nom de Vernac.

Le village se situe à 319 mètres d’altitude et à 294 mètres au ruisseau du même nom.

Il semble être héritier de l’ancienne Warinacum varnac + acum (suffixe gaulois qui servit à baptiser nombre de villa gallo-romaine entre les 2ème et 4ème siècle), du germanique Warin riche propriétaire terrien de l’époque gallo-romaine à moins qu’il ne s’agisse d’un guerrier franc arrivé dans la région vers le 5ème ou le 6ème siècle au moment des grandes invasions et qui se serait installé sur ce territoire.

 

Document réalisé par Jacques Beaubert  (*) 

 

 

(*) Jacques Beaubert (1946-2017), habitant et natif de Saint Amand Magnazeix a été pendant de longues années membre du conseil municipal de Saint Amand Magnazeix. Il avait en charge la préparation et la gestion des manifestations organisées par la commune. C'est dans ce cadre qu'en 2012, érudit et passionné de l'histoire locale, il a réalisé ce document .